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Felip Martel, président de la FelcoL’ENTRETIEN : FELIP MARTEL
« La Loi doit créer les
conditions
d’une pratique
sociale de
l’occitan »
Pour le président de la Fédération pour l'Enseignement de la Langue et de la Culture d'Oc, qui accorde cet entretien exclusif à Aquò d’Aquí, on peut imaginer de nouvelles formes d’actions, après le succès de la manifestation de Carcassonne pour la langue d’Oc (25 000 personnes le 24 octobre). Pour lui, la loi que réclament les manifestants doit permettre un renouveau de la pratique d’une langue, que d’autres lois avaient condamné dans l’espace public et éducatif voici plus d’un siècle. Reste à savoir si l’Etat fera blocage malgré la mobilisation réussie.
Qu'apporte la manifestation de "Carcassonne 2" de plus que les deux précédents opus de Carcassonne (déjà) en 2005 (10 000 manifestants) et Béziers en
2007 (20 000)?
Elle apporte d'abord la confirmation d'une détermination qui ne faiblit
pas, et que les "hésitations" actuelles du Ministère de la culture
justifient amplement. Pour les organisateurs, depuis 2005, c'est toujours la même question : va-t-on réussir à réunir suffisamment de monde pour que le message soit audible ? Et on est chaque
fois surpris de voir que ça marche.
Des gens de toutes les régions font l'effort de se déplacer
parfois de très loin, même dans un contexte peu favorable a priori (crise
économique, menace de la grippe H1N1, etc.). Ils le font dans le calme, mais en sachant pourquoi ils sont là, et ce qu'ils demandent : que les
engagements soient tenus, et que la langue d'oc, dans toutes les variétés, ait enfin un statut digne de ce nom.
Faut-il continuer cette mobilisation sous la même forme : une manif
unitaire, en Languedoc, tous les deux ans ?
On s'est effectivement posé la question, et il faudra y réfléchir, une
fois qu’on aura digéré la journée du 24 et son succès. Il faut faire attention à ne pas s'installer dans le ronronnement, le rituel et le prévisible. Il faut aussi sans doute trouver des formes
d'actions un peu plus vigoureuses, mais toujours non violentes, pour marquer le fait que notre patience est à bout. Cela pourrait prendre la forme de manifestations régionales ciblées,
coordonnées ; pourquoi ne pas manifester tous le même jour dans les différentes capitales régionales ?
Il faut aussi se concerter avec les promoteurs des autres langues régionales : le 24 octobre, pendant que nous manifestions à Carcassonne, à Bayonne, 5000 Basques ont aussi manifesté pour des revendications qui sont les mêmes que les nôtres. Il y a là des convergences à développer : pourquoi ne pas envisager d’organiser une manifestation de toutes nos langues à Paris ? De toute façon, une chose est sûre, il ne faut pas relâcher la pression.
Une loi pour l'occitan, au fond, ne ferait-elle pas qu'entériner la fin de la pratique sociale de la langue. Président de la Felco, mais aussi socio
linguiste, qu'en pensez-vous ?
Ah bon ? Et on fait quoi, alors ? Rien ? On va se coucher ? Ou se pendre
? Je me demande si on n'a pas affaire là à un sophisme. C'est quoi, la
pratique sociale de la langue ? Ça veut dire que les gens parlent, mais pas seulement. Ça signifie aussi qu'ils créent dans leur langue, ou qu'ils lisent ce que d'autres ont écrit, ou qu'ils vont
à des spectacles en occitan, ou qu'ils regardent des émissions télé en oc d'un peu plus de trente minutes quand même*, ou qu'eux-mêmes
chantent dans une chorale, ou écrivent dans des ateliers d'écriture, ou encore font du théâtre en oc dans leur coin, etc.
La loi sera là pour donner un cadre et des moyens qui permettront à ces pratiques de se développer dans les meilleures conditions.
Dans l’esprit de nombre de défenseurs de la langue d’Oc, il s’agit avant tout de faire entrer son enseignement et sa pratique à l’école de la République. Mais celle-ci peut elle, et doit elle palier à une pratique familiale de l’occitan qui disparaît ?
Il est certain qu'on demande beaucoup à l'école.
Par exemple : c'est à elle de relayer une transmission familiale qui ne
se fait plus guère. Et bien sûr, rien ne prouve a priori que ça peut
marcher, et que les élèves qui passent par les cours d'occitan
deviendront effectivement des locuteurs. Ils ne le deviendront qu'à
condition de bénéficier d'une formation intensive -ce que permet par
exemple, dans une certaine mesure, l'enseignement bilingue à parité
horaire.
Mais surtout, il faut que ces élèves, à un moment, choisissent
de valoriser ce savoir, et emploient la compétence en langue que l'école leur aura donnée. Et pour cela, il faut qu'ils trouvent hors de l'école de
quoi nourrir leur curiosité et leur goût pour la langue, que cela passe par du cinéma, des livres, des journaux ou des spectacles. C'est alors que la pratique sociale pourra redémarrer, parce
qu'elle pourra être vécue de façon positive. Et dès lors la transmission familiale pourra
éventuellement redémarrer elle aussi.
C'est bien pourquoi Anèm ! Oc lie la revendication pour l'école et la revendication pour les médias, la vie publique, la création.
* les émissions de la TV publique en langue régionale en Occitanie durent en moyenne 25 mn par semaine d'un seul tenant, avec parfois une seconde émission, thématique, de quelques minutes.
Au sieu l'an passat
Robert Lafont (1923-2009) l’occitanisme à tous crins
Universitaire touchant à la linguistique, la sociologie, la littérature, engagé dans les mouvements sociaux, ancien résistant, sous préfet à la Libération et
renonçant au pouvoir d’Etat, humaniste, franc parleur…on n’a pas fini d’énoncer qualités et épithètes, à l’attention de Robert Lafont, qui nous a quittés le 24 juin à Florence, où résidait le
plus souvent ce fondateur de l'Institut d'Estudis Occitan et penseur majeur du régionalisme.
La letra d'Aquò d'Aqui

